L’idée de confrontation ou de combat fait parfois peur aux gens. Avec les images que nous fournissent les médias sur la violence dans le monde, les gens viennent à confondre la notion de combat avec celle de violence. Le fait de s’adonner à des pratiques où l’on confronte des adversaires physiquement (à l’aide d’épées en mousse, par exemple) peut amener un observateur extérieur à penser que notre but réside dans la célébration de la violence, mais il n’en est rien.
Pour en illustrer notre conception, nous établissons un parallèle entre le duel à l’épée, où deux combattants opposent volonté et habiletés techniques, et le débat intellectuel et démocratique. En reconnaissant que la confrontation de nos propres idées à celles des autres est un moyen de faire avancer nos propres réflexions, nous considérons l’acte de confrontation comme un outil de développement positif pour tout individu. Accorder une place importante au désaccord et à l’opposition des idées n’est-il pas un élément fondamental de la démocratie? D’ailleurs, on peut retrouver le même type de confrontation dans des événements sportifs où le but est d’imposer sa volonté par le déploiement d’habiletés techniques, tactiques ou physiques plus importantes que celles de ses adversaires. En poursuivant dans cette même logique, nous reconnaissons l’importance de notre adversaire sans qui notre propre évolution serait entravée. Dans cet ordre d’idées, nous ne ressentons aucune haine envers notre adversaire. Tout au contraire, nous lui en exprimons une profonde reconnaissance en lui portant notre humble et sincère respect. Nous croyons que plus notre adversaire est farouche, que plus celui-ci se bat avec vivacité, conviction, détermination et efficacité, plus nous avons de chances de progresser, plus notre propre perspective d’évolution est grande. Au contraire, l’adversaire mou, manquant de volonté et de dévouement dans ses combats représente, à notre sens, une perte de temps et d’énergie, ainsi sommes-nous poussés à éviter ce type d’adversaire.
En définitive, nous envisageons l’individu qui se prête au jeu d’opposition des volontés, dans le cadre de nos échanges courtois, non pas comme un adversaire, mais bien comme un partenaire. Conséquemment, on découvre un nouvel horizon où la figure de l’adversaire n’est plus dans celui qui se prête au duel courtois, mais bien en nous-mêmes, dans le rapport à notre propre progression. L’adversaire étant en nous, on le voit prendre la forme de nos faiblesses, celles-là mêmes desquelles nous tentons de nous émanciper. L’autre devient le biais par lequel on se confronte soi-même. Nous croyons que l’autre est le complice de notre propre développement. Il amène nos faiblesses à se révéler à notre conscience d’une manière tout à fait heureuse. C’est aussi pour cette raison que l’on se sent lié à autrui. Ce lien de réciprocité est pour nous au cœur de notre conception de la société.


